Ah, les cheat codes ! Ces petits clins d'œil des développeurs, ces raccourcis vers la divinité pixelisée, ces béquilles numériques pour gamers en manque de skill (je m'inclus, bien sûr). J'en ai tapé des combinaisons abracadabrantes, du Konami Code (paix à son âme, tellement 20ème siècle) aux trucs les plus obscurs. Mais l'un d'eux, l'un d'eux, a marqué ma jeunesse d'une empreinte indélébile… et d'une sacrée Dose de "WTF ?!"
C'était l'époque bénie des consoles 16-bits, où le mot "patch" était un lointain mirage et où les cartouches regorgeaient de secrets. Un soir, après une énième humiliation sur Street Fighter II, mon cousin, avec l'air mystérieux d'un mage dévoilant un sort interdit, m'a glissé une information capitale : "Sur Mortal Kombat, tu peux faire un truc…". Mes yeux de pré-ado ont brillé comme des néons.
Le truc en question ? Le fameux "Blood Code" sur la version Mega Drive ! Pour ceux qui ont connu la censure atroce de la version Super Nintendo, où le sang était remplacé par une sueur grisâtre (la "Mort-sueur" ?), c'était une véritable révolution. Mon cousin m'explique la manipulation, un enchaînement cryptique de boutons et de chiffres à entrer sur l'écran des options. Je m'exécute, fébrile. Haut, bas, haut, avant, arrière, C, R, A, Z… ou un truc du genre, je me souviens plus exactement, mais c’était digne d’un code nucléaire !
Et là, le miracle ! Le texte "Blood Code Activated" apparaît à l'écran. Je lance un Combat, Scorpion contre Sub-Zero. Et BOUM ! Dès le premier uppercut, une gerbe de pixels rouges éclate ! Pas de sueur de vieux combattant fatigué, non, du vrai, du bon, du juteux sang pixelisé ! J'étais en extase, mon cousin jubilait. On avait l'impression d'avoir débloqué le Graal, d'avoir transgressé les règles et d'être en possession d'un savoir interdit.
Mais le plus drôle, c'est ce qui s'est passé ensuite. Pendant des semaines, j'ai répété ce code à quiconque osait s'approcher de ma console, avec la fierté d'un prophète ayant découvert la vérité. "Regarde ! Le sang ! Le vrai !" Mes potes étaient bouche bée. Certains ont même cru que ma console était une version "spéciale", une relique sacrée de l'hémoglobine virtuelle.
Ce que j'ignorais, et que j'ai découvert bien plus tard, c'est que ce "cheat code" était en fait… officiel. Les développeurs l'avaient volontairement intégré pour contourner la censure et offrir aux joueurs une version "non édulcorée" du jeu. Ce n'était pas de la triche, c'était une feature cachée !
J'étais passé du statut de hacker de génie à celui d'utilisateur lambda d'une fonction ObsCure. Mais peu importe, l'illusion du "code secret" était tellement plus gratifiante ! Aujourd'hui encore, quand je repense à ce moment, je me dis que le meilleur cheat code n'est pas toujours celui qui vous donne une invincibilité, mais celui qui vous offre une bonne tranche de rire et l'impression d'être un peu, juste un tout petit peu, plus malin que le système. Et ça, ça n'a pas de prix. Sauf si on compte le prix de la cartouche à l'époque, qui était salé, croyez-moi !